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La répression

 

 

 

 

 

 

 

cour martiale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Douze fusillés sur ordre de la cour martiale le 23 février

 

AUZIAS Henri

Fusillé AUZIAS Né le 9 avril 1912 à Villevieille (Basses Alpes), de Firmin et de PLINE Marie,  manipulant des PTT demeurant à Marseille, français d’origine non juif, marié deux enfants, condamné le 19 mars 1941 par le tribunal militaire de la 15ème région siégeant à Marseille, à 4 ans 3 mois de prison, pour infraction au décret loi du 26 septembre 1939.

BRUN Roger

Fusillé BRUN Né le 31 août 1922 à Peschadoires (Puy de Dôme), de Jules et Anna HUGET, mécanicien, célibataire, français d’origine non juif, demeurant à Peschadoires, condamné le 11 septembre 1943 par la section spéciale de Riom, à 5 ans de réclusion pour détention d’armes de guerre.

GUIRAL Louis

Fusillé GUIRAL Né le 8 février 1908 à Mondragon (Tarn), de Henri et CHABERT Marie, chauffeur automobile, demeurant à Labastide Murat (Lot), veuf, sans enfant français d’origine non juif, condamné le 8 octobre 1943 par la section spéciale de Limoges à cinq ans de réclusion pour infraction à la loi du 5 juin 1943 (activité terroriste) et à celle du 16 février 1943 (réfractaire au STO).

PELOUZE Gabriel

Fusillé PELOUZE Né le 8 janvier 1910 à Carcassonne (Aude), de Jules et RIVIERE Eugénie, employé des PTT, demeurant à Narbonne, marié deux enfants, français d’origine non juif, condamné le 11 novembre 1941 à 20 ans de travaux forcés par la section spéciale de Montpellier pour activité communiste.

SERO Bernar Jaime

sero

Né le 10 janvier 1920 à Lérida (Espagne), de Roy et de Romana (Josepha et Ramon) BERNAT, célibataire manœuvre, demeurant 93 rue de Buzenwal Paris, espagnol non juif, 2 ans de prison et 1000 francs d’amende par le tribunal spécial de Paris. Légèrement blessé

STERN Joseph

Fusilé STERN Né le 19 avril 1916 à Chisinau (Bessarabie), de Georges et de Madeleine Waysberg, naturalisé français, ingénieur, célibataire, demeurant à Cassis. Condamné le 21 octobre 1941 par le tribunal militaire de la 17ème région à 10 ans de travaux forcés pour atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat.

 

 

 

    Introduction

    La prison d’Eysses tient une place particulière dans l’histoire des prisons de Vichy, nonseulement en raison de sa représentativité quantitative et qualitative, mais aussi par son image. La propagande vichyssoise en fait successivement une centrale modèle, puis un bastion à réduire.

    Cette évasion manquée du 19 février a un retentissement national :Joseph Darnand : le milicien secrétaire général au maintien de l’ordre, se rend en personne à Eysses et réunit une cour martiale qui condamne à mort douze résistants. D’autres détenus impliqués dans l’action du 19 février sont transférés à Blois d’où ils seront déportés. Le 30 mai 1944 les autres détenus d’Eysses sont livrés aux nazis.

     

La cour martiale


Eysses, devient le siège d’une cour martiale désignée par le Secrétaire général au Maintien de l’Ordre et se transforme en prétoire sanglant destiné à juger les responsables de la « mutinerie ».

S’il y eut au total il y a eu environ 200 exécutions suite à des condamnations prononcées par des cours martiales entre janvier et août 1944, Eysses constitue un cas doublement particulier. D’une part les victimes présentent l’originalité d’être déjà des condamnés et aucune d’entre elles -ni même d’ailleurs parmi les prisonniers de la centrale- n’est inculpée en vertu de la loi du 20 janvier 1944 instaurant les cours martiales. Le seul exemple analogue concerne la maison d’arrêt de la Santé le 14 juillet 1944, encore concerne t-il des droits communs, suite à une mutinerie déclenchée dans le contexte d’une libération espérée comme imminente. D’autre part, Joseph Darnand se déplace en personne, décision qu’il explique lors de son procès : « persuadé que ma visite avait été un encouragement aux forces de police et que mes instructions allaient être suivies à la lettre […] c’est moi qui ait décidé que la cour martiale siègerait étant donné que les rebelles n’avaient pas remis toutes leurs armes ».

Si le rapport d’enquête indique qu’une caisse contenant cinq mitraillettes est retrouvée dans la cour de l’infirmerie, rien ne confirme la seconde affirmation. Il repart pour Vichy le lundi 21 février dans la matinée, après avoir exigé « cinquante têtes », les membres de la Cour martiale étant ensuite nommés en conseil de ministres. Il laisse sur place le directeur adjoint de l’administration pénitentiaire le milicien Maret, l’Intendant de police de Vichy Mino qui dirigent alors les opérations.  Cette justice expéditive au service d’une dictature répressive, livre ses victimes : douze fusillés condamnés à mort sur les quatorze amenés à comparaître. Ils sont immédiatement exécutés pour avoir « été reconnus comme ayant les armes à la main au cours de l’émeute ».

 


23 février 1944 - les 12 FUSILLES

Etat civil des détenus tués les 19 et 23 février 1944

 

Un mort au combat le 19 février :
AULAGNE Louis

Tué au combat AULAGNE

Né le 16 décembre 1904 à Firminy (Loire) de Jules et de PERRIN Jeanne, résidant à Oullins, marié un enfant, français d’origine non juif, mécanicien, à Vénissieux (Rhône), condamné le 21 août 1943 par la section spéciale de Chambéry à trois ans de prison et 1000 francs d’amende, pour détention de tracts armes et munitions, tué par une grenade qu’il voulait lancer le 19 février.

 

 

 

 

 

BERNARD Fernand

Fusillé BERNARD Né le 10 juin 1906 à Perpignan, de Louis et COLOMINES Léonie, moniteur d’éducation physique, marié sans enfant, domicilié à Toulouse, français d’origine non juif, condamné par le tribunal militaire de la 17ème région le 31 août 1942, à 20 ans de travaux forcés pour atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat.
Légèrement blessé.

CHAUVET Jean Louis

 Fusillé CHAUVET Né le 11 septembre 1921 à Nîmes (Gard), de Albert et RIVAREL Virginie, ajusteur à la SNCF, demeurant à Nîmes, célibataire, français d’origine non juif, condamné le 4 octobre 1941 par le tribunal militaire de la 15ème division, à 5 ans de prison, et 5 ans d’interdiction de séjour, pour propagande communiste.

MARQUI Alexandre

Fusillé MARQUI Né le 8 juin 1914, à LOURDES de Camille et FORCADE Madeleine, chaudronnier, célibataire, demeurant à Lourdes, français d’origine non juif, 10 ans de travaux forcés par le tribunal spécial de Pau, le 24 juillet 1943 pour détention, transport d’armes explosifs et munitions. Légèrement blessé

SARVISSE Félicien

Fusillé SARVISSE
Né le 9 juin 1922 à Ouveillan (Aude), de Fernand et Joséphine PARIS, cultivateur, français d’origine non juif, demeurant à Toulouse, célibataire, 10 ans de travaux forcés  par le tribunal spécial de Montpellier, le 2 décembre 1943 pour vols qualifiés, infraction au STO détention non déclaration et port d’armes, activité communiste, fausse carte d’identité. Légèrement blessé

SERVETO Bertran Domingo

Fusillé SERVETO Né le 4 août 1904, en Espagne à Tarassa, de Antoine et Dolorès BERTRAND, espagnol, chef comptable au camp de Sept fonds, condamné à 6 ans de travaux forcés, par le tribunal militaire de la 17ème région siégeant à Montauban, le 6 février 1942, pour détention et distribution de tracts d’origine étrangère et activité communiste.

VIGNE Jean

Fusillé VIGNE Né le 19 mars 1912 à Boisset Gaujac (Gard), de Joël et Denise JALAGUIER, manœuvre, célibataire, français d’origine non juif, demeurant à Alès, condamné le 5 mars 1943 à 10 ans de travaux forcés par la section spéciale de Chambéry pour activité communiste.

 

 

  Si tous les rapports officiels taisent l’attitude des condamnés, plusieurs témoins de l’exécution, parmi lesquels les membres du personnel de surveillance et le pasteur Féral, aumônier d’Eysses depuis 1906, qui consigne dans un carnet, quelques heures après l’exécution, le détail de ces heures dramatiques, sont touchés par leur mort courageuse. Citons C. Robert, désigné avec onze autres surveillants pour les accompagner : « Après la sentence, les condamnés ont entonné la Marseillaise, tout le monde était au garde à vous et les G.M. ont présenté les armes. Auzias a pris la parole déclarant notamment : « Nous allons mourir en braves pour vous tous, pour sauver la liberté et surtout pour la libération de la France ». A nouveau ils ont chanté des chants patriotiques puis ont demandé d’écrire (enchaînés). Le lieutenant leur a donné cinq minutes montre en mains pour terminer. Auzias a demandé à parler à Schivo et lui a reproché de ne pas avoir tenu parole. Chauvet a fait remarquer aux G.M. et G.M.R. le crime qu’ils allaient commettre en tirant sur des Français. Ils ont refusé qu’on leur bande les yeux disant qu’ils savaient mourir en Français et voulant voir leurs assassins ». Tous les témoins soulignent le courage de ces hommes qui parviennent à transformer ce moment ultime de leur vie en une manifestation de Résistance patriotique, en affirmant qu’ils meurent pour la France. La condamnation d’Auzias constitue déjà une projection dans l’avenir, celle de la France libérée où les serviteurs de Vichy auront à rendre des comptes.

  Le régime de Vichy, en état de mobilisation, décide le 26 février 1944, de durcir le régime de détention de l’ensemble des politiques des établissements de concentration. « des évènements d’une gravité exceptionnelle qui se sont produits récemment ayant montré qu’un grand nombre de détenus avaient reçu dans les colis objets et denrées interdits et même des armes...». C’est l’ensemble des détenus politiques hommes et femmes des prisons de concentration de Eysses, Blois, Châlons sur Marne, Rennes, qui est touché par cette loi : ils sont privés de colis familiaux, leur régime de détention durcit.