LES REALISATIONS
Action en justice dans les procès d’épuration. L’amicale œuvre d’abord pour la condamnation du directeur milicien Schivo, de son épouse, et de ses deux gardes du corps miliciens. Ils comparaissent devant la Cour de Justice du Lot-et-Garonne le 13 mars 1946 (photo art journal); les deux hommes sont exécutés, madame Schivo voit sa peine commuée - comme il est de coutume pour les femmes - en travaux forcés à perpétuité, puis à vingt ans.
Peu après cette exécution, le parquet de la Cour de Justice est saisi du vœu de l’amicale demandant des mesures contre le lieutenant Martin - commandant le feu du peloton d’exécution - et contre le premier surveillant Dupin dénonciateur de neuf des détenus fusillés. Les efforts de l’amicale et l’acte d’accusation qu’elle rédige, aboutissent à sa condamnation en décembre 1948, aux travaux forcés à perpétuité, mais sa peine est rapidement commuée et il est libéré en avril 1952 ; quant au lieutenant Martin, il échappe à son inculpation, le commissaire estime en effet pour sa part qu’aucune poursuite pénale ne peut être juridiquement justifiée, car il a simplement appliqué les ordres reçus par l’Intendant de police Hornus.
La reconnaissance de l’action résistante se pose à double titre, collectif et individuel. La bataille pour la reconnaissance collective est rapidement couronnée de succès. Le 24 novembre 1947, la qualité d’unité FFI est reconnue sous la dénomination de « Bataillon FFI.de la centrale d’Eysses », à la formation combattante constituée par les membres de la Résistance incarcérés à la centrale d’Eysses. La fiche annexe mentionne deux opérations (1) : la première est l’insurrection des 9, 10 et 11 décembre 1943 pour empêcher la livraison aux Allemands des internés administratifs, au cours de laquelle 1450 hommes sont engagés et qui se solde par une victoire (les 150 internés administratifs étant envoyés à Sisteron avant de former une unité participant aux combats de la Libération) ; la seconde concerne la tentative d’évasion collective du 19 février 1944, en vue de rejoindre la résistance extérieure ; les détenus capitulent après treize heures de combat à la suite d’arrivée de renforts allemands.
Une seconde bataille commence alors, afin de faire reconnaître le « Bataillon » d’Eysses comme Unité combattante ; des demandes sont déposées à cette fin en 1957, 1970, 1985. La demande aboutit enfin le 20 avril 1990 ; le Bataillon FFI de la centrale d’Eysses est alors reconnu Unité combattante pour « les actions des Trois Glorieuses, débutant le 9 décembre 1943, empêchant la livraison en zone nord des internés administratifs et du 19 février ayant pour but de rejoindre la résistance extérieure ».
L’aide à la reconnaissance individuelle des titres octroyant pension constitue en effet le second volet de cette action. Outre le conseil juridique prodigué dès la Libération, le bureau de l’amicale appelle, dûment, en 1950, chacun à faire constater son état de santé afin de pouvoir percevoir droits et indemnités Si la demande doit être adressée individuellement, le secrétariat de l’amicale apporte une aide substantielle et centralise les dossiers
Travail de mémoire :
Plusieurs années sont nécessaires à la réalisation d’un mémorial comportant la liste de tous les détenus politiques d’Eysses, elle est réalisé à l’occasion du 10ème congrès en 1954, suivi de la publication du premier livre en 1962 ; la première édition en 5000 exemplaires est rapidement épuisée, le livre est réédité deux fois. En 1965, paraît le disque d’Eysses, retraçant « l’insurrection du 19 février ». La dernière édition voit le jour en octobre 1992, avec un nouveau titre : « Eysses contre Vichy (1940-…)»
Le film tourné à Villeneuve-sur-Lot et à Eysses en février 1986, sort en janvier 1987, sous le titre « Eysses, une prison dans la Résistance »
. Une exposition intitulée, « Si hauts que soient les murs » a eu lieu au musée de Gajac à Villeneuve-sur-Lot, corrélativement à un colloque, co-organisé avec l’ENAP à Agen en février 2002, consacré à la Résistance en prison.
Le mur des fusillés Un arrêté du préfet de région du 29 avril 1996 vient couronner les efforts entrepris avec l’inscription du « mur des fusillés » (angle sud-est du mur d’enceinte et le sol de la cour correspondante) sur l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, « considérant que le “mur des fusillés” du centre de détention d’Eysses à Villeneuve-sur-Lot est un témoin important des événements dramatiques du 19 et du 23 février 1944 liés à la seule révolte armée en milieu carcéral ayant eu lieu au cours de l’Occupation et à sa répression ». S’ajoute un nouveau lieu de mémoire, cas unique pour rappeler à la mémoire des vivants, la France des cours martiales.
Une salle d’histoire de la prison a été inaugurée à l’entrée du centre de détention en septembre 2006. Voir les photos
Les bulletins trimestriels de l'amicale: archives
(1)Archives du Ministère de la guerre, Dossiers d’homologation FFI Lot et Garonne, centrale d’Eysses, cote 13 P 113.
|